Vue d'installation, Le ver creuse ses tunnels dans La pomme par laquelle je bois, Maude Arès, 2026. Crédit photo : Emma Jacques.
Le ver creuse ses tunnels dans La pomme par laquelle je bois
Maude Arès
- Exposition
Présentée dans le cadre de la programmation hivernale d’AXENÉO7, Le ver creuse ses tunnels dans La pomme par laquelle je bois occupe l’ensemble des trois salles du centre et résulte du programme de résidence PRAXIS.
Entrée libre
Stationnement gratuit
Entrée en matière
Depuis les coulisses de ce travail, écrire sur les gestes posés consiste moins à en restituer le déroulement qu’à en suivre les persistances et les transformations. A posteriori, ce texte cherche à poursuivre et à accompagner ce qui, au cours de deux mois de travail en atelier-galerie-résidence, a pris la forme de l’exposition.
Fruit du programme PRAXIS, l’exposition s’articule comme une traversée à rebours d’un processus collaboratif de longue haleine que l’artiste mène avec les matières et les matériaux depuis plus de dix ans. La collection qui l’accompagne rassemble des fragments, des débris et des objets trouvés, recueillis au fil des ans puis reparaissant d’un projet à l’autre.
Déployée en trois salles, Le ver creuse ses tunnels dans La pomme par laquelle je bois donne ainsi forme à la rencontre matérielle, formelle et temporelle d’une démarche, d’une pratique et d’une collection. Ni commencement ni aboutissement, l’exposition accueille ici une forme passagère de ce qui se poursuit : un espace d’attention où les gestes passés, les matières présentes et les possibles à venir s’approchent, s’effleurent et se nouent.
Le ver
Tiges, matières collectées et réunies, formes suspendues et agencées : en s’infiltrant, en se propageant, ce réseau aérien, qui tient autant du maillage que d’un organe de circulation, invite à ralentir et à prêter attention aux proximités comme aux torsions, jusqu’à suivre du regard les chemins de ses ligatures et de ses mutations.
Quelque chose, ici, insiste, chemine, affleure, sans jamais se livrer tout à fait. Une autre scène s’ouvre alors. Dans cette mythologie invisible, la figure du ver n’apparaît pas comme un simple motif, mais comme un principe de création, puis de lecture. Le ver évoque une progression souterraine, un travail discret de forage, une avancée par ramifications, bifurcations et percées. Il n’impose pas un ordre ; il ménage un passage.
Lieur — ou, comme le suggère Maude, « cet ami qui lie » —, le ver agit comme une force discrète de liaison, surgissant entre les formes pour en rendre sensibles les relations. À travers lui se dessine moins une figure isolée qu’une manière d’aborder l’exposition, dans le détail de ses séquences comme dans l’ensemble de son déploiement. Cette force de liaison innerve l’espace d’exposition ; les éléments y semblent se répondre selon une logique organique, sensible, presque neuronale.
La pomme
Tels des cercles concentriques, le titre de l’exposition accueille en son centre celui de l’installation performative « La pomme par laquelle je bois ». Cette pomme apparaît comme un noyau, un cœur à partir duquel la proposition se déploie, s’emboîte et s’approfondit par couches successives. Bien qu’elle nous invite en son cœur — une scène, en quelque sorte —, l’œuvre ne nous place pas face à un centre fixe. Elle nous entraîne plutôt dans un champ de relations où les matières se répondent, où les formes se frôlent, où les fragments contrastent leurs fragilités, et où leur côtoiement devient vecteur de récits et de transmissions. Au centre de ce réseau, La pomme n’agit pas comme une image physique, mais comme une cavité traversée, creusée de passages et de galeries, à travers laquelle quelque chose passe, se tient et se lie. Ainsi, chercher le cœur ne signifie pas aller droit au centre, mais plutôt observer ce qui, depuis l’intérieur, travaille déjà vers l’extérieur.
Le temps
Loin d’un simple assemblage d’archives personnelles, l’exposition se déploie dans le prolongement d’un processus de création au long cours, où l’atelier se déplace pour se poursuivre à même l’espace d’exposition. Le temps y travaille en silence. Il traverse les matières, s’y dépose, en marque les surfaces, en infléchit les états.
Sortie des boîtiers et des étuis qui l’accueillent, la collection se déploie dans l’espace ; fragments, débris et objets trouvés continuent de cheminer, de se transformer et de reparaître selon de nouvelles relations. Le temps s’y ralentit, tandis que les éléments continuent d’y agir. Répertorier n’y consiste pas seulement à conserver, mais à laisser le temps faire son œuvre et à observer, d’une phase à une autre, les matières poursuivre la leur.
L’exposition rend perceptible cette activité lente par laquelle un objet se compose et persiste. Chaque élément porte en lui plusieurs durées : celles de la cueillette, du soin, du déplacement et de l’agencement, mais aussi des temporalités qui débordent la durée de l’atelier comme celle de l’exposition. Chaque parcelle, chaque fragment est traversé par des vécus, des histoires et des transformations propres. Ce qui se donne à voir n’est pas une composition achevée, mais des états d’existence traversés par le temps, dont nous devenons les témoins.
— M.A. Marleau
Maude Arès est une artiste interdisciplinaire. Prenant la forme d’installations, son travail se dissémine en sculpture, performance, scénographie et dessin. Sa pratique artistique explore les relations sensibles entre des matériaux trouvés et crée des environnements vulnérables, invitant à observer les subtilités des mondes tangibles. Elle réfléchit à la performance des matières et des gestes qui les animent, tentant de mettre en lumière les rapports d’interdépendance, visibles et invisibles, entre humains et non-humains. Ses projets ont été présentés au Canada et en Colombie dans des centres d’artistes et des théâtres ainsi que dans le cadre d’événements.
Remerciements
Merci tout grand à Simon Labbé & Erin Hill avec qui le travail découle de l’amitié. Merci pour vos présences merveilleuses, vos idées nombreuses, vos rires, votre générosité et votre engagement dans La Pomme.
Merci à Guillaume Houët et Catherine Fournier-Poirier pour l’accompagnement au développement de l’éclairage.
Merci à Mia Guertin-Crête pour son aide précieux dans les tortillons du vers.
Merci à Philippe Lauzier pour ses grands souffles de clarinette.
Merci à Fanny Brossard-Charbonneau, Isabelle Darveau, Geneviève Philippon, Elise Anne LaPlante, Dominique Rivard pour la justesse des mots, la magie des images en mouvement et l’amitié.
Merci à Daniel Pelchat, Rebecca Rehder et Frédérique Roy pour leurs sensibilités et toujours l’amitié.
Merci à toute l’équipe d’AXENÉO7 et aux résidences Recto-Verso pour l’accueil dévoué et pour cette co-production qui à permis à ce projet de faire chemin.
Merci au Conseil des Arts et des lettres du Québec, au Conseil des Arts du Canada, aux Atelierhaus Salzamt & à KUNSTSAMMLUNG pour leur soutien.
Maude Arès remercie le Conseil des Arts du Canada et le Conseil des Arts et des Lettres du Québec pour leur soutien financier avec la bourse explorer /créer & production et à AXENÉO7 pour permettre cette nouvelle approche de partage avec le public et sa pratique.