Nicolas Bourgeois
Artiste en résidence
- Autorésidences
Cette Autorésidence s'inscrit dans l'obtention du prix Cursus, offert aux finissant·e·s en arts visuels de l'École des arts et culture (ÉdAC) de l'UQO.
Produit du prix Cursus, cette résidence a pour but de développer la démarche que j’ai entrepris dans mon projet synthèse de fin de baccalauréat intitulé Spectres du souvenir.
Constituant une réflexion sur la malléabilité de la mémoire à travers le temps, ce projet se penche sur la question de la reformulation de l’archive familiale et personnelle en histoires écrites et imagées. Mon processus créatif vise à capter les traces de souvenirs significatifs liés aux mémoires perdues, effacées, ainsi qu'aux anecdotes lointaines qui se sont transformées dans la psyché de ceux à qui elles appartiennent. Je souhaite ainsi explorer multiples avenues de matérialisation de ces récits.
Parmi les médiums que j’ai mobilisé dans le cadre de ce projet figurent, le dessin, la photographie, la vidéo et la sculpture. Divisé en deux sous-thématiques, la mémoire oubliée et l’anecdote modulée, le projet s'appuie sur la matérialité bidimensionnelle des trois premiers médiums afin de réinterpréter les images archivistiques familiales et de les déformer à l’aide d’un processus de data bending, dans le but de les fixer dans le passé, de les décorporer et de les spectraliser.
La sculpture, quant à elle, fut employée afin de transformer une anecdote en capsule composée des détails signifiants qui l’habitait. Par ces deux procédés, je comptais sur l’imaginaire du public pour produire ses propres histoires, ancrées ou non dans leurs expériences de vie respectives, métamorphosant le récit d’origine en un revenant effacé, une trace morte-vivante d’un passé délaissé.
Au cours de cette résidence je compte poursuivre mon travail avec ces médiums, tout en explorant de nouvelles avenues, notamment la poésie narrative. Pour moi, la mémoire se manifeste et se transmet de plusieurs manières : par la sensorialité - visuelle, auditive, olfactive, entre autres -, mon travail se concentrant sur sa dimension visuelle; par l’artefact physique, dont la photographie, la vidéographie et l’objet tridimensionnel, soit, des matériaux marquants la trace de ce qui a été; et enfin, par le récit transmis et l’imaginaire transformateur s’y rattachant.
L’imaginaire intimement lié à l’enfance, notamment en raison de l’effervescence créatrice propre à cette période de la vie, il va sans dire que celle-ci devient un sujet incontournable lorsque l’on traite de la mémoire de l’individu.
Jusqu’à présent, mon travail s’est concentré sur la création d’images et d’objets pouvant raconter des histoires par leurs sujets et leur matérialité. Je souhaite désormais, grâce à la poésie, explorer la transmission d’histoires fondées sur des anecdotes modulées par l’imaginaire, de manière à mettre en lumière, comme je l’ai entrepris avec la sculpture, les détails centraux de ces récits. Ceci de manière à tout de même laisser place à la fantaisie du public, toutefois, cadrant sa pensée dans une narration concrète, écrite et racontée.
L’objectif final du projet est de créer un espace dans lequel les histoires se mélangent pour former un cimetière de souvenirs revenant à la vie grâce la songerie du visiteur-rêveur.
Nicolas Bourgeois est un artiste visuel multidisciplinaire basé à Gatineau. Il est récemment diplômé du baccalauréat en arts visuels de l’UQO. Son travail se situe à la croisée de la redécouverte de la mémoire perdue et oubliée, et de sa transformation en narration mnémonique signifiante. Par ses histoires, il invite le public à reconstruire et réinterpréter le passé. Ancrée dans l’archive physique et dans la tradition orale familiale, sa pratique conçoit, par le dessin, la photo-vidéo, la sculpture et la poésie, des traces de récits anecdotiques marquants de l’histoire de sa famille, des années 50 allant jusqu’à son enfance au début des années 2000. Son approche matérielle le mène à choisir des techniques et des matières faisant appel à la nature mnésique et mutagène des sujets qu’il traite, souvent choisissant des matériaux vivants, tels le bois dans la sculpture ou l’emprisonnement temporel que provoque la photographie.