Crédit photo : Dominic Lafontaine
Les Enfants des bois
Dominic Lafontaine
- Exposition
Entrée libre
Stationnement gratuit
Piste cyclable à proximité
Arrêts d'autobus (STO) à une minute de marche
L’exposition Les Enfants des bois a commencé à germer il y a quelques années, lors de la première version de RED INK ENCRE ROUGE, une exposition qui détournait les générateurs d’IA pour faire apparaître des « fauxtochtones ». C’est alors qu’on m’a invité à créer, pour AXENÉO7, une œuvre où l’art autochtone rencontrerait la technologie, au cœur de cette étrange époque des résidences virtuelles.
Après ces années incertaines, vécues à distance, je pouvais enfin entrer dans une première résidence en présentiel, ici, à AXE. J’étais ravi de retrouver un lieu réel, des murs, une présence. Cette exposition est née de la rencontre entre mon travail de technicien en archives numériques pour l’Algonquin Nation Secretariat et ma manière, un peu « trickster », d’habiter l’IA et ses outils, de les retourner, de les faire parler autrement.
À force d’échanger avec M.A., une idée s’est imposée : créer un traité pour un seul pied carré de la galerie. Gatineau se trouve sur le territoire non cédé des Anicinabés, ma tribu. Il devenait donc « nécessaire » de pousser jusqu’au bout la logique de la cession territoriale ou, dans le cas de l’Outaouais, celle d’une colonisation avancée par la banalité bureaucratique. S’il n’y a pas de traité, c’est aussi parce qu’il fut plus commode pour le gouvernement canadien de différer la reconnaissance, puis le rêve du rapatriement, jusqu’à aujourd’hui encore.
Ma communauté, Timiskaming First Nation, demeure engagée dans des négociations liées aux revendications territoriales. J’ai voulu raconter cette attente et cette persistance à travers de grands collages numériques. Des fragments d’archives, surtout les paroles de bureaucrates et d’agents des « Indiens », y rencontrent des images du territoire, du Kitchi-Sipi et de la matière première qui traverse toute l’exposition : l’écorce.
L’écorce de bouleau en est l’ancre : une ancre sans encre, le papyrus anicinabe. Elle est pour moi l’analogue du papier reçu : la trace d’un échange, la mémoire d’une entente, la preuve fragile qu’une chose a été vécue. Le traité, imprimé sur ce papier, enveloppe l’espace comme une longue liste de promesses suspendues et de questions jamais résolues.
Pendant la création du traité, l’agent d’IA a d’ailleurs produit une entente qui ne liait pas seulement l’artiste et AXENÉO7, la galerie. Il avait aussi nommé le Pied Carré comme signataire : non plus seulement un lieu, mais un partenaire. Une petite parcelle soudain douée d’une voix et d’une place à la table. Très progressif, je dois l’avouer.
Dans Les Enfants des bois, j’invite le public à regarder le bouleau comme un motif vivant : une peau chargée de vécu, striée de cicatrices. Son écorce est aussi un agent d’allumage, une matière hautement inflammable. Et pourtant, elle demeure une forme de papier officiel appelée à se décomposer, une archive naturelle confiée au temps.
Dominic Lafontaine
Dominic Lafontaine est un artiste multimédia, essayiste et musicien algonquin. Ses œuvres, audacieuses, humoristiques et souvent absurdes, explorent les notions d’identité, de sens et d’appartenance culturelle. Diplômé en arts visuels de l’Université d’Ottawa, il conjugue sa connaissance de l’histoire de l’art autochtone avec les nouveaux médias afin de réinventer le vocabulaire esthétique de l’art anishinabe contemporain. Son motto: «Recherche, remixe et répète!»