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Les Entretiens

Sébastien Cliche

Exposition

L'artiste tient à remercier Tania Parent et Paul Patrick Charbonneau.
Cette œuvre a été réalisée grâce au soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec
Programmation : Johann Baron Lanteigne

Deux robots se donnent rendez-vous pour une série d’entretiens. Dans un protocole policé, ceux-ci se questionnent sur les limites du langage, sur leur capacité à ressentir de l’anxiété ou encore, sur la différence entre l’essentiel et le superflu. Ils doutent, ils hésitent, ils se protègent.

Cette fiction philosophique explore la thématique de l’intelligence artificielle et la représentation fantasmée que la société actuelle s’en fait. Nous imaginons communément cette intelligence factice comme un double de l'humain aux capacités sans égal, mais dont la rationalité le rend inapte à décoder des interactions contradictoires ou fragmentaires. Pour imiter l’intelligence humaine, le robot doit-il passer par une étape « régressive » constituée de confusion, d’insécurité et de mauvaise foi ? Au-delà de la présumée intelligence des machines, ce corpus pointe vers ce qui lui sert de référence ; l'intelligence naturelle qui se manifeste dans la complexité du dialogue entre les humains.

À même l’installation Les Entretiens (2019), des objets sont déposés sur des chariots et sur une grande table. On y retrouve des polyèdres ainsi que des formes irrégulières, d’autres plus complexes, de matériaux et de modes de fabrication variés. Cette collection d’objets hétéroclites est mise à la disposition des visiteurs sans qu’aucune instruction ni attente soit formulée. Ces derniers peuvent les manipuler et ainsi expérimenter leurs formes et textures. Chacun des visiteurs est libre de les agencer, de les classifier ou de simplement les observer. Il s’agit, en quelque sorte, d’un jeu sans règle, une scénographie en constante transformation à partir d’un « vocabulaire » donné.

Dans cette situation, les visiteurs sont invités, d’une part, à écouter une conversation entre deux robots et, d’autre part, à manier librement des formes plutôt muettes. La relation entre ces deux propositions mise sur la simultanéité et la complémentarité de niveaux d’attention distincts et met en tension l’intangibilité des actes de parole et la matérialité du monde des objets. La manipulation des formes — ou simplement leur observation —, engage-t-elle une attention particulière aux conversations ? L’écoute de ces entretiens influence-t-elle la manière dont on perçoit ou dispose de ces objets ?

Sébastien Cliche est un artiste multidisciplinaire qui vit et travaille à Montréal. Depuis une vingtaine d'années, il produit des installations ainsi que des œuvres textuelles, vidéos et sonores. Les dispositifs qu'il met en place misent sur l'engagement du spectateur et explorent la question du contrôle dans des implications tant sociales que psychologiques. Son travail a été présenté lors d'expositions individuelles et collectives — notamment au Centre d’art contemporain de Meymac (France, 2008), à l’Œil de poisson (Québec, 2010), à Momenta Art (New York, 2013), à CIRCA (Montréal, 2015), au Lieu (Québec, 2017), ainsi que dans des festivals établis tels que MUTEK (Montréal, 2005 et 2010). En 2012, il reçoit la bourse Claudine et Stephen Bronfman en art contemporain. En 2014, il lançait La doublure, une publication portant sur le projet du même titre présenté à la Galerie de l’UQAM (2012).

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