Un rocher et des chutes d'eau avec un filtre magenta

Fantasmes colorés

Yann Pocreau

Exposition

Soirée d'ouverture le mercredi 18 janvier 2023 de 19 h à 23 h.

À l'occasion de cet événement, l’artiste Laurence Broydé en résidence croisée avec le Lieu Unique (Nantes) et en partenariat avec le Conseil des arts et des lettres du Québec, présentera son projet de fin de résidence.

Musique par Dj oh jay

Entrée libre
Bar payant — Carte seulement
Stationnement gratuit

Fantasmes colorés s’appréhende telle une volupté visuelle ; une mise en exposition de la pensée photographique de Yann Pocreau. À travers son plus récent corpus montré à AXENÉO7, l’artiste perpétue son exploration sur la lumière artificielle et naturelle, ainsi que les affects évoqués par celles-ci. Il est question de l’attente que nous avons vis-à-vis les images que nous observons pour nous y retrouver et, de surcroît, nous y imaginer. De fait, l’installation de l’artiste en ce lieu puise son inspiration dans un interstice mitoyen, quelque part entre la rationalité — et l’irrationalité — de ses expérimentations à capter la matérialité de la lumière, du remaniement de ses gestes et savoirs photographiques et de la reconfiguration sensible de ses imaginaires.

Dans l’exposition, une intervention lumineuse in situ est en écho avec des séries de photographies vernaculaires et une œuvre filmique aux résonances voluptueuses. Chacune des salles de AXENÉO7 est un intervalle illusoire aux états transitoires insoupçonnés. Il y a apparition et disparition à la fois de la lumière  ; de la clarté, parfois, à travers l’obscurité, l’opacité et la vacuité. Pocreau fantasme la beauté de la lumière colorée  ; sa matérialité ineffable, sa présence vibrante, ses reflets irisés, ses effets de réverbération par intermittences, sortes de parcelles corporelles scintillantes. Les propositions évanescentes transforment momentanément la neutralité des white cubes du centre d’artistes, imprègnent ceux-ci d’une sensibilité et génèrent une immersion dans laquelle les visiteur.euse.s se laissent porter ailleurs en toute légèreté. L’exposition se propage, par sa dimension expérientielle, au-delà de l’espace tel un déplacement multisensoriel (il)limité.

Dans la première salle, Fantasmes colorés (les plages), une série de photographies enluminées réalisées avec des images archétypales de paysages prennent place sur un dispositif architectonique filiforme. Les vues proviennent de diapositives glanées çà et là parmi des sites d'enchères en ligne ou des brocantes. L’intérêt de Pocreau pour l’image trouvée reste indéniable. Propres au vocabulaire plastique de ce dernier, les filtres colorés — saturés à l’excès —, superposés aux tirages par le biais de divers procédés numériques, agissent tels des incitateurs émotifs. La lecture des images n’est plus la même. La proposition s’éprend aussi de la tradition artistique du paysage, qui a fait des couleurs concentrées et de leur perception, le générateur d’une investigation sans fin. Dans la fenêtre est appliquée La percée, une gélatine qui stimule la circonférence du soleil et réfléchit une lumière diffractée. Tout en douceur, forme et fonction entrent en tension.

Pocreau propose, dans l’espace subséquent plongé dans une noirceur quasi absolue, Ce qu’il en reste, une intervention lumineuse d’une imposante volatilité. Quatre montants évoquant formellement les composantes structurales de la galerie projettent sur les murs des lueurs spectrales à l’intensité fluctuante. Via un programme, les couleurs projetées dans la salle sont tirées des images de plages idylliques que nous retrouvons précédemment dans l’exposition. Il ne reste plus qu’à ces réminiscences leurs contenus colorés. Dans le cube rythmique, les couleurs indéfinies se juxtaposent à l’infini en des aurores idéalisées.

Dans la salle Jean-Pierre Latour, le film La chair lumineuse exhibe une sélection de scènes extraites de films érotico-pornographiques des années 1950 et 1960. Les séquences évoluent sous des effets lumineux réducteurs de référents visuels, favorisant le pouvoir de suggestion dans l’acte de contemplation et conviant une réflexion sur les idées reçues de l’envie, de la séduction et de la sexualité. De part en part des corps dénudés — et fragmentés —, seuls les contours fuyants de leurs gestes apparaissent délicatement. En tant que regardeur.euse.s, nous observons mieux les subtilités du désir. Nous sommes capté.e.s par les silhouettes sensuelles, par l’évidence de leurs imprécisions. Les gestes en émulsion deviennent un langage optique à traduire par le regard. Pour l’occasion, la fenestration de la galerie a été obstruée au moyen de cloisons afin de limiter la lumière extérieure à l’intérieur et, dès lors, simuler une impression d’intimité. Une constellation de micro percées laisse toutefois entrer des rayonnements. Le médium de prédilection de Yann Pocreau, la photographie, est ainsi mis à nu.

Fantasmes colorés avive notre désir envers la lumière. Nous interprétons cette matière autrement. Telles des corporalités attractives, les œuvres du corpus génèrent des envies et sollicitent des sensations persistantes qui stimulent le ressenti.

— Jean-Michel Quirion, commissaire

Yann Pocreau

Yann Pocreau est né à Québec en 1980. Dans ses recherches récentes, à travers différents types de médiums dont la photographie, la sculpture et l’installation, il s’intéresse à la lumière comme sujet vivant et à l’effet de celle-ci sur la trame narrative des images. Il a participé à plusieurs expositions canadiennes, américaines et européennes dont récemment aux Rencontres photographiques d’Arles et au Musée des beaux-arts de Montréal. Son travail a été commenté dans divers magazines et ses œuvres sont présentes dans les collections de la Banque Nationale du Canada, d’Hydro-Québec, de Desjardins, de la Ville de Montréal, de la Ville de Longueuil, du Musée d’art contemporain de Montréal, du Musée des beaux-arts de Montréal, du Musée d’art de Joliette, de la Galerie de l’UQAM, dans la collection Prêt d’œuvres d’art du Musée National des beaux-arts du Québec. Il est représenté par la galerie Blouin Division à Tiohtiá:ke / Mooniyang / Montréal où il vit et travaille.

Jean-Michel Quirion

Jean-Michel Quirion, titulaire d’une maîtrise en muséologie de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), est actuellement candidat au doctorat en muséologie à cette même université. Travailleur culturel depuis une dizaine d’années, il a occupé le poste de direction du centre d’artistes AXENÉO7 situé à Gatineau jusqu’à tout récemment. Il est maintenant directeur général — volet programmation au Centre d’art et de diffusion CLARK localisé à Montréal. En tant qu’auteur, il contribue régulièrement à des revues spécialisées comme Ciel variable, ESPACE art actuel, Esse arts + opinions, Inter art actuel et Vie des arts. Ses projets de commissariat ont été montrés notamment à la Galerie UQO (2018) à Gatineau, à la Carleton University Art Gallery (CUAG) à Ottawa (2022), ainsi qu’à DRAC — Art actuel Drummondville (2022) et à l’Œil de Poisson (2022) à Québec. Il s’investit également au sein du groupe de recherche Collections et impératif évènementiel/The Convulsive Collections (CIÉCO) depuis 2015.

Remerciements

L’artiste tient à remercier l’extraordinaire équipe d’AXENÉO7 pour l'invitation et pour son enthousiasme face à ce projet depuis ses premiers balbutiements. Merci aussi à Jean-Michel Quirion pour son engagement sans faille, à Samuel St-Aubin, Caroline Savaria et Jean-François Gauthier pour leur apport inestimable à ce projet. Merci à l’Atelier CLARK et à Martin Schop pour la précision et au Conseil des arts et des lettres du Québec sans qui ce projet n’aurait pas vu le jour. Une mention toute spéciale à Julien, Ayden et Emmanuelle pour leur soutien et amour quotidiens.

Le commissaire tient à remercier le conseil d’administration ainsi que l’équipe du centre d’artistes AXENÉO7 pour leur soutien incommensurable à la réalisation de la présente exposition. Il remercie aussi l’artiste Yann Pocreau pour sa confiance outre mesure et son engagement considérable dans le projet.

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